• twitter
  • facebook
  • youtube

Connexion

Épilogue

Chapitre 3 - Candidat : Madwain

le 18 avril 2016

Date : 18 Avril, 23 CLE


OBSERVATION

L'homme robuste aux mains de fer marche sans s'attarder sur les détails. Les invocateurs n'ont pas connu de tel boucan depuis l'entrée spectaculaire de Rumble dans ces halls. Une musique puissante rebondit sur les murs, décrivant avec précision l'humeur du nouvel arrivant. Madwain est serein, mais toujours aussi blasé que d'habitude. Il est ébloui quelques secondes par les magnifiques sculptures qui ornent la porte, puis lit à voix basse les inscriptions qui sont gravées dans le marbre.
-C'est en soi qu'est l'adversaire véritable... Meh.
La musique acquiesce ses dires avec quelques notes joyeuses. Madwain pousse les deux battants.

RÉFLEXION

Il était seul, mais cette solitude commençait à s'ancrer dans son esprit. Comme tous les orphelins de Piltover, Madwain ne connaissait ni sa mère, ni son père, ni son nom de famille. Ils se souvenaient sans doute de deux figures qui s'étaient occupés de lui ses premiers jours, mais après cela, tout était flou.
Pour survivre, il devait économiser les fruits de son labeur. Il était dur pour un garçon de son âge, bien qu'il soit plus grand et plus musclé que les autres enfants de sa génération, d'obtenir de quoi survivre dans les rues de Piltover.
Il y avait l'école aussi, mais cela ne l'intéressait pas. Il savait déjà lire et écrire, bien que son panel de vocabulaire soit encore peu varié. Les robots de surveillance le chassaient souvent dans ces rues propres et bondées, mais Madwain était plus agile et plus malin que ces tas de ferrailles. L'année dernière, après une folle course-poursuite près du centre-ville, il s'était engouffré dans un bâtiment encore vide et était, sans trop savoir comment, descendu au sous-sol. De là, il avait atterrit dans un énorme hangar, vide, sans doute abandonné depuis longtemps par son propriétaire. Depuis ce jour, ce Hangar était son refuge.
Quand il ne courrait pas pour fuir la brigade de robot, Madwain trouvait des petits boulots, par-ci par-là. La plupart du temps, les piltoviens à qui il offrait ses services lui donnaient quelques pièces de bronze, et encore plus rarement, d'argent, mais les plus mesquins profitaient gratuitement de ses services. C'était que qui énervait le plus Madwain : s'il faisait deux mètres et quelques kilos de plus, ces personnes-là mangerait son poing à plusieurs reprises.
Et puis il y avait les bars aussi, ces endroits fréquentés par les adultes en perte de cause. Madwain n'avait jamais goûté à l'alcool mais plutôt à l'odeur qu'elle dégageait de ses établissements énormément fréquentés. Quand il serait grand, lui aussi passerait dans ses lieux où il partagerait sa soif de boisson et ses coups de poings.
En attendant, il continuait dans sa quête de survie.
L'hiver était le mois le plus terrible pour lui. Bien que son hangar profite du chauffage du bâtiment de la surface, ses économies, elles, fondaient aussi vite qu'un flocon tombé au sol. Généralement, les hommes et les femmes, marchands et épiciers, restaient cloîtrés dans leur boutique.
Cela faisait quelques jours que Madwain n'avait pas mangé autre chose qu'un bout de pain rassis. Il marchait dans les rues, titubant parfois :
-Besoin de livraison ? De service ? Embauchez-moi...
La plupart des passants le regarder de haut, sans rien dire.
Madwain passa devant un étalage, à l'extérieur d'un bâtiment. L'épicier vendait des fruits de saison, bien que sa table soit peu remplie de victuailles en cette période de l'année.
Madwain ne volait pas, il ne l'avait jamais fait. De plus ces pommes n'étaient pas vraiment très belles, avec leur peau jaune tâchée de points plus sombres. Quelques-unes étaient même abîmées.
Madwain ne volait pas, il ne l'avait jamais fait, mais ces pommes lui donnait l'eau à la bouche. Son ventre se mit à gargouiller comme pour l'inciter. Madwain tendit la main et regarda l'épicier.
Ce dernier était affalé sur son comptoir. Ses yeux regardaient dans le vide, humides. Avait-il connu un malheur récemment ? Arrivait-il à survivre, lui aussi ?
Madwain baissa le regard vers cette pomme. Ce vendeur, un brave homme célibataire d'une trentaine d'année, en avait sans doute plus besoin que lui. Madwain reposa le fruit parmi ses congénères en se promettant une chose : ne jamais faire quelque chose qui mettrait quelqu'un dans le besoin.
Il se retourna dans l'optique de s'éloigner quand une main solide lui attrapa le poignet.
-Je te tiens, voleur !
Madwain dévisagea son agresseur. C'était l'épicier. Comment diable pouvait-il changer d'humeur aussi rapidement ?
-Je n'ai rien volé ! s'écria Madwain en tentant de libérer sa main de la poigne de cet homme. Vous pouvez me fouiller si ça vous chante !
-Qui me dit que tu ne l'as pas déjà mangé ?! hurla l'homme.
S'en était trop pour Madwain qui défia l'adulte du regard.
-Je... n'ai... rien... volé !
Il balança son poing gauche dans le ventre arrondi de l'homme. Ce dernier, bien que frappé par un enfant, se plia en deux et lâcha sa prise. Alors qu'il se retenait à son étalage extérieur, Madwain se mit à courir. Il allait tourner à l'angle de la rue la plus proche quand l'homme murmura :
-Pourquoi veux-tu entrer dans la League, Madwain ?
L'enfant se stoppa net et, après quelques secondes, se retourna.
-Quoi ? Qu'est-ce que vous avez dit ?
Mais l'homme ne répéta pas sa question. Il attrapa son cageot de pomme et le rentra à l'intérieur, suivit par Madwain. L'épicier posa ses fruits et se mit en face de lui.
Son visage avait encore changé. Ce n'était pas l'épicier qu'il avait vu derrière la vitre. Son regard était profond et sérieux.
-Pourquoi veux-tu entrer dans la League, Madwain ?!
La question était plus insistante, cette fois. L'enfant baissa la tête, puis la releva. Il souriait :
-Mes amis sont là-bas... Et ils m'attendent.
L'invocateur sourit.

Partagez sur : Facebook Twitter